Les roulades dans l'herbe te manquent aussi ?
TL;DR: Ça fait un bail dis donc ! - J’en ai marre de me tenir à carreaux, rendez moi ma vie de chien
🎤 Helloooow back Kessel ! 🎤
Je suis nulle. Zéro régularité, 100% de kiffe non partagé depuis 3 mois. C’est trop bête parce que comme à chaque fois, j’ai cet article quasi terminé qui m’attend sagement dans mon carton de brouillons numériques. Un peu comme ces vêtements qui ne sont toujours pas rangés un an après avoir emménagé.
Photo non Instagramable
Oui, je dévoile un peu de mon intimité pour me faire pardonner et me rendre vulnérable à vos yeux. C’est donc avec un air attendri que vous lirez les lignes qui suivent.
C’est en accompagnant Juliette (👋) et son fils au jardin de la Plaine que j’ai eu l’idée de ce sujet.
J’étais frustrée. Frustrée de voir que les enfants pouvaient monter dans le château de bois, jalouse qu’ils puissent s’imaginer être des singes sur le pont levis, envieuse même, du petit Kylian qui se roule par terre dans son survêt’ du Real (prémonitoire ?). Pendant ce temps je n’ai le droit que d’être adulte. De m’asseoir sur un banc et surveiller les enfants qui s’amusent. Comme si grandir c’était la fin du jeu et des plaisirs. La vérité, c’est que ce n’est pas la première fois que j’ai ce sentiment et je vous partage ici deux souvenirs d’enfance qui m’ont marqués.
J’ai 11 ans et j’arrive en 6ème au Collège des Chartreux.
Adieu les Pogs, les Pokemon, les billes et les chorégraphies des L5…fini la récré, on passe à la promenade. Et là, pas le droit aux faux pas. Les regards moqueurs des 4èmes répriment vite nos envies de chat perché et les matons confisquent sans vergogne nos ballons. Gare à la récidive ou l’heure de colle nous guette. Alors on fait comme tout le monde, on marche en groupe avec nos sacs à dos de dix tonnes que l’on traine comme des boulets aux pieds et on discute en attendant que la sonnerie retentisse. On retourne ensuite dans nos cellules avec les camarades qui nous ont été assignés et on attend la fin des cours pour que les surveillants daignent nous libérer.
Pénitencier des Chartreux à Marseille
Une fois à la maison, je n’y tiens plus. Je pose mon sac à dos en vitesse, prend un ballon de foot et force ma soeur de 6 ans à jouer contre moi sur la terrasse. Forcément, dix minutes plus tard on retrouve mon pied dans son tibia et après quelques pleurs et des semblants d’excuse je continue mon exutoire jusqu’à ce que la nuit tombe et que je doive faire mes devoirs.
C’est ainsi, parce que les adultes ont décrété que grandir c’était arrêter de jouer et que les ados avant moi l’ont cru, que j’ai cessé de m’amuser.
Pour ce deuxième souvenir j’ai 16 ans et je suis jeune fille au-pair dans un petit village Anglais. Je m’occupe de James, cinq ans, et Charlotte, une peste de 7 ans.Lorsque je repense à cette période, mes moments les plus heureux étaient ceux passés avec James à jouer à Indiana Jones.
On avait notre petit rituel:
Direction le salon, on déplace le canapé, on s’assoie par terre et on envoie le DVD des aventuriers de l’arche perdue.
Fondu enchaîné de la montagne de Paramount qui se transforme en une vraie montagne au second plan, laissant apparaître ce cher Indy avec ses accessoires fétiches. Le fouet d’abord, ensuite la veste en cuir, puis le chapeau.
Scène d'ouverture d'Indiana Jones - Les aventuriers de l'arche perdue
Troisième minutes, Indy se retourne et Harrison Ford se dévoile sous la musique de John Williams. James se lève tout excité.
Dixième minute, notre professeur préféré se fait doubler par ce coquin d’archéologue Marseillais: René Emile Belloq. S’en est trop pour James qui décide de courir vers le jardin en actionnant son jouet en forme de fouet qui fait “Tatatataaaa tatataaaa tatatataaa tatata ta ta“ à chaque fois qu’il appuie sur le bouton.
Je le rejoins dehors et la vraie fiction commence. Quelle que soit l’histoire: je suis les méchants, il est Indiana Jones. On reste dehors pendant une heure à faire des roulades et imaginer des histoires.
Puis on rentre, on regarde les dernières minutes du film et je monte au premier étage retrouver Charlotte qui s’est barbouillé le visage avec le maquillage de sa mère.
Les histoires qu’on se créaient étaient forcément redondantes au bout d’un moment mais c’était génial de commencer un film, d’imaginer la suite de l’histoire, de la vivre et de finir avec la version du réalisateur. Une parmi cent autres.
Ça faisait dix ans que je n’avais plus fait ça et je ne l’ai plus fait depuis avec la même intensité ou autant d’invention. C’est peut être une des raisons qui me donne le plus envie d’être maman, pour recréer des imaginaires et les vivres avec mes enfants. En attendant, je me contente de faire du sport et des jeux de sociétés.
Je suis la réincarnation humaine d’un berger allemand. Moui, un chien de race tout de même.
Peu importe la situation. Que vous me parliez de la victoire de l’OM en Ligue des Champions (peu probable), de la sortie du prochain album de Johnny Hallyday (plus probable) ou de votre dernière rencontre amoureuse, il suffit qu’un ballon passe à côté de moi pour que vous perdiez mon attention. Alors oui, les conventions sociales qui sont les notre me tiendront en laisse pendant quelques secondes, mais si le ballon se rapproche, je décroche.
On dit bonjouuuur à Naïa la déglingo qui est à la maison pour le week-end
Alors, pour me fondre dans la masse et respecter les codes des humains, je vais au parc à chien. Vous savez, ce carré d’herbe entouré de grillage ? Un terrain de foot quoi. J’ai choisi le sport le plus canin qui soit: l’ultimate frisbee. Nooon ce n’est pas un sport de plage. C’est physique, c’est tactique, c’est auto-arbitré et il faut attraper des frisbees 😁
Valeria Cardenas athlète de l'année 2022
Le sport est à mon sens ce qui se rapproche le plus de ce que je vivais dans une cours de récréation. C’est ludique, c’est physique et c’est social. Il y manque peut-être une dimension narrative pour qu’il soit complet. Et puis, la finalité n’est pas toujours le plaisir. C’est souvent la performance qui est soulignée ou ses bienfaits sur le mental et le physique. Le sport loisir est beaucoup moins valorisé que celui en compétition. Parce que le dépassement de soi, la poursuite d’objectifs et de résultats mesurables s’inscrivent dans une logique de croissance et de production qui sont les valeurs qui régissent notre monde.
Si on laissait un peu de place à l’oisiveté, au loisir, à la paresse et à l’imaginaire est-ce qu’on aurait des pauses au boulot pendant lesquelles secrétaires et exécutifs iraient faire des roulades dans l’herbe en se comptant des histoires ?
Allons bon, ce n’est pas sage, ce n’est pas sérieux. Non, jouons plutôt comme des personnes civilisées, en quête de divertissements d’adultes. Oublions une quelconque forme de mobilité mais gardons le principe de règles, d’objectifs et de victoires auxquelles viennent s’ajouter une table, des chaises, du vin rouge et un peu de fromage aux moisissures insolites.
D’après une personne pas très inspirée:
Le jeu de la société est un jeu de société.
Je ne m’attarderai pas sur cette citation puissante qui mérite bien plus qu’un article de bas étage.
A titre personnel j’ai du mal avec les jeux:
Qui imposent trop de règles
Qui demandent de gérer des ressources
Qui sont 100% coopératifs
Ce que j’aime dans les jeux de société: C’est tricheeeer.
La triche intelligente, la petite ruse insolente et le bon gros vol de biftons dans la banque du monopoly aux yeux et à la barbe de tous. Si j’étais l’héroïne d’un blockbuster américain je lâcherai volontiers un petit “Rules are made to be broken“ qui vienne justifier ma conduite avant d’écraser ma clope sur le sol et de poursuivre ma quête. Mais en vérité ça n’a rien de très héroïque, c’est juste agaçant pour les autres joueurs qui veulent gagner leur pain honnêtement. Des fois, j’ai aussi cette impression lorsque les gens ne comprennent pas pourquoi je ne souhaite pas retrouver tout de suite du boulot. Comme si je ne jouais pas le jeu alors même que je respecte les règles.
Pour continuer à jouer, voici trois promesses que je me suis faites pendant mon chômage:
Faire passer le plaisir devant la performance au sport
Raconter des histoires à travers cette newsletter et d’autres formats
Continuer à tricher aux jeux de société
🫵 A vous de jouer 🫵
Alors alors (frottage de mains), le prochain épisode sera une déclaration d’amour à la téléréalité 💖 intitulé logiquement: “Ep.6 Celle qui aime la téléréalité“. Véritable passionnée depuis plus de dix ans j’ai bien d’autres arguments que le classique “j’ai besoin de me vider la tête“ alors…
...à la semaine prochaine ;)